mercredi, 22 septembre 2021

Le e-commerce en plein essor au Togo

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Le réveil affiche 9 heures ce matin-là. Aline Lawson, l’air détendu, vient d’ouvrir sa boutique de pagnes au marché central de Lomé, Assigamé. Son premier réflexe est d’allumer son téléphone portable. La jeune commerçante vient d’ouvrir un site de vente en ligne de ses produits. Pour cette autodidacte en e-commerce qui vient de suivre une formation en entrepreneuriat numérique, amené son activité sur Internet était une nécessité. D’abord à cause de la chute des ventes de pagnes sur les étals, où les marchandes assistent impuissantes depuis de longues années à l’invasion des pagnes contrefaits chinois. Le e-commerce représente une alternative et offre une certaine respiration. Désormais, elle ne jure que par la vente en ligne de ses pagnes haut de gamme face à cette rude concurrence. « J’avais mis beaucoup de temps pour comprendre qu’il fallait innover afin d’atteindre les clients. Depuis ma formation, j’ai commencé par proposer mes pagnes et autres accessoires en ligne, notamment via mon site Web. Après seulement quelques mois, je peux dire que mes ventes ont augmenté grâce à cette nouvelle approche », rassure-t-elle d’un ton enjoué. À l’instar d’Aline, les entrepreneurs togolais sont de plus en plus nombreux à s’être engouffrés dans la brèche du commerce en ligne.

Au Togole secteur du commerce électronique a le vent en poupe et commence même par entrer dans les mœurs. De plus en plus de Togolais l’ont intégré dans leur quotidien. Conscientes de son importance dans l’économie du pays, les autorités élaborent des stratégies pour sa vulgarisation. Cette nouvelle donne a permis l’émergence d’une nouvelle classe d’entrepreneurs, surtout depuis le début de la crise sanitaire.

La pandémie, un accélérateur

Livraison de repas, produits pharmaceutiques, plateformes d’achat, de vente, services de paiements digitaux… Aujourd’hui, plusieurs sociétés sont à l’avant-garde. Logée dans la banlieue nord de la capitale togolaise, la société Kanyi Group fait figure de proue dans le secteur du e-commerce au Togo. Elle a lancé, en 2018, la plateforme logistique Kanyi Express spécialisée dans toutes sortes de livraison. « J’étais dans la vente de produits agricoles locaux au démarrage des activités il y a quelques années, confie Kanyi Koffi Anoumou, le PDG. Mais voyant le vide dans ce nouveau secteur d’activité en ligne, j’ai lancé Kanyi Express en 2018. » D’après lui, il ne fait aucun doute que ce secteur jouera un rôle prépondérant dans l’économie numérique au Togo. Il en veut pour preuve la hausse des activités de sa structure pendant la pandémie. « On faisait seulement une centaine de livraisons par mois au début. Aujourd’hui, on tourne autour de 5 000 livraisons de toutes sortes de produits par an, notamment repas, immobilier et autres grâce à notre service de logistique. On propose même de faire les shoppings à la place de nos clients occupés par le travail. Le secteur du e-commerce est en plein essor au Togo, et cela va permettre l’émergence de nouveaux entrepreneurs », résume le chef d’entreprise.

Lomé, déjà attractive

L’essor du secteur du e-commerce sur le plan local résonne hors des confins du pays. Du coup, des start-up qui ont déjà fait leurs preuves dans ce secteur sur le continent n’hésitent pas à tenter l’aventure togolaise. C’est ainsi que Gozem, l’Uber africain, s’est implanté dès 2018 au Togo. La société de réservation de services de transports en ligne (taxi-motos et taxi-voitures) a franchi le cap de 2 millions de courses effectuées fin 2020. « Nous sommes très motivés par l’impact que nous avons pu avoir en si peu de temps. Et nous sommes incroyablement heureux par le fait que chaque jour, des milliers d’utilisateurs effectuent des courses avec Gozem au Togo », juge Emeka Ajene, cofondateur de Gozem. Désormais, la start-up nourrit d’autres ambitions en diversifiant ses activités de services, notamment avec l’achat et la livraison.

Un écosystème à bâtir

Si les envies des clients sont désormais à portée de clics, reste que les défis sont immenses. Non seulement, les paiements en ligne via les comptes bancaires ou PayPal en autres ne sont pas encore entrés dans les habitudes des Togolais, dont la grande majorité n’est pas bancarisée, mais le système financier en place dans le pays n’est pas encore en capacité de fournir l’écosystème nécessaire. Il fallait donc innover pour l’essor du secteur en se basant sur le mobile money. C’est ainsi que pour assurer la fluidité dans les transactions en ligne, le secteur a vu naître des opérateurs d’intégrateur de services de paiement mobile fiables qui rassurent tous les acteurs, notamment les e-commerçants et les utilisateurs. Il en existe au moins quatre qui offrent leurs services au Togo et Paygate Global en fait partie.

Pour bénéficier des services de cette plateforme considérée comme le premier intégrateur et leader de solutions monétiques au Togo, il suffit d’être détenteur d’un compte sur son interface. Les services de paiement mobile offerts sont moyennant des frais qui varient entre 3 % et 4 % du coût de la transaction en ligne. Pour Koffi Bonin, promoteur de cette structure lancée en 2016, le secteur du e-commerce augure de beaux lendemains car il permet aux entrepreneurs togolais de s’ouvrir vers l’extérieur. « Nous avons tous à gagner en promouvant le e-commerce au Togo, se réjouit-il. À Paygate Global, nous rendons désormais possible l’achat et la vente des services et biens via le mobile money pour nos clients. Nos clients disposent de portefeuilles électroniques avec lesquels ils alimentent leur compte bancaire. Donc, ils peuvent acquérir et approvisionner facilement leur carte de paiement international pour faire des transactions en ligne vers l’international », explique le directeur général de Paygate Global. La société a réalisé, en moins de deux ans d’activités, 125 000 transactions en ligne pour un montant total cumulé de 107 millions de francs CFA (environ 163 000 euros).

Des lois pour réguler le secteur

En 2017, le pays a enregistré des transactions estimées à 342 millions de dollars. Mais selon une source proche du ministère du Commerce, ce chiffre pourrait avoir atteint le double en 2020 avec la pandémie de coronavirus. Face à cet engouement, les autorités ont décidé de mettre en place un cadre réglementaire pour réguler le secteur. Ceci, dans le but d’éviter l’usage du e-commerce pour des activités illicites. Ainsi, le pays a commencé par déployer tout un arsenal juridique pour assurer la sécurité des opérateurs des plateformes de service en ligne ainsi que les utilisateurs et réprimander tous les actes pouvant nuire au secteur de l’économie numérique.

Le Togo a successivement adopté une loi relative aux transactions électroniques en 2017 suivie de celle consacrée à la lutte contre la cybercriminalité en 2018 et enfin une loi relative à la protection de données à caractère personnel en 2019. Désormais muni de cet arsenal juridique, le pays s’est récemment doté d’une Agence nationale de la cybersécurité ainsi que d’un fonds de soutien à la cybersécurité. Les autorités comptent encourager les Togolais à entreprendre dans ce secteur en toute sécurité. « Les habitudes ont commencé par changer, même dans les pays de la sous-région à côté de nous. Les raisons invoquées par certaines personnes qui hésitent encore à adopter ce mode de commerce électronique, c’est principalement celles de la confiance et de la peur d’être arnaquées. Mais il y a une réglementation dans le secteur du e-commerce aujourd’hui au Togo. Elle permet de rassurer les acteurs, aussi bien les opérateurs de plateformes que les utilisateurs. Donc, il faut maintenant promouvoir cette réglementation. C’est toute une batterie de lois qui constituent le cadre réglementaire du secteur », rappelle Sitou Yibokou, directeur exécutif de Togo Pride, une association d’impact social, promoteur de la semaine du e-commerce au Togo, dont la première édition s’est déroulée en août dernier.

Pour booster le secteur du commerce électronique, les autorités envisagent en effet de mettre en place un plan stratégique de développement sur cinq ans (2022-2027). Pour y parvenir, le ministère du Commerce est en train de peaufiner des stratégies en collaboration avec la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) pour favoriser la mise en œuvre de projets structurants et innovants à la suite d’une étude préliminaire sur le secteur réalisée en 2018. Ce nouveau plan quinquennal consacré au développement du commerce électronique va viser, entre autres, le renforcement du cadre réglementaire et juridique, celui des capacités des différents acteurs, l’accès au financement pour les entreprises du secteur ainsi que le déploiement de la logistique.

La connectivité, un autre défi à relever

Reste l’épineuse question de l’accès à Internet. Selon la plateforme Hootsuite, environ 1,7 million de Togolais ont eu accès à Internet en 2019 pour diverses activités, y compris le commerce électronique. Malgré le succès fulgurant enregistré par le secteur du e-commerce depuis le début de la pandémie de Covid-19 dans le pays, le manque d’infrastructures ainsi que leur coût élevé demeurent un casse-tête pour les autorités. Désormais, le seul défi à relever pour booster ce secteur reste celui de l’accessibilité à la connexion Internet. Et les autorités veulent mettre le paquet d’ici à 2022. La ministre de l’Économie numérique, Cina Lawson, annonce qu’« environ 90 % de la population va accéder à Internet haut débit d’ici à 2022 et des stratégies sont définies pour atteindre ce résultat ». Insuffisants pour les acteurs du secteur. Ces derniers pensent que d’importants efforts restent à faire, notamment face au manque d’infrastructures. « Nous pensons qu’il faudra renforcer les infrastructures de communication existantes afin d’impacter positivement le secteur, veut ajouter Bertrand Aquereburu, développeur d’application. On ne pourra jamais faire de ce secteur du commerce électronique l’un des piliers de l’économie si l’intrant principal qui est Internet n’est pas accessible à tous. Les petites coopératives agricoles aimeraient bien se doter de sites Web pour atteindre leurs clients en ligne, mais le problème de la connectivité en milieu rural est une entrave au développement du secteur du e-commerce », analyse-t-il.

En Afrique de l’Ouest, le Togo n’est pas le pays le moins nanti en matière de connectivité à Internet, tant au niveau de l’Internet haut débit fixe qu’au niveau de la pénétration de l’Internet mobile. En effet, selon les autorités togolaises, le taux de pénétration d’Internet a triplé, passant de 7 % en 2016 à 21 % en 2019. Néanmoins, Togocom, le principal fournisseur d’accès Internet jadis public et récemment privatisé, maintient sa domination en termes de parts de marché sur la fourniture d’accès à l’Internet, mais la qualité du service offert reste désirable. L’essor du secteur du commerce électronique commence par attirer des sociétés étrangères spécialisées du secteur à l’instar du groupe français Majorel, qui vient de s’implanter au Togo.

Mais l’arrivée d’une concurrence étrangère servira-t-elle davantage ce secteur ? Pour l’heure, les experts réunis lors de la première édition de la semaine du e-commerce, tenue dans la capitale togolaise du 16 au 29 août dernier, préconisent plutôt une collaboration entre les différents acteurs afin de bien poser les jalons pour amorcer la période post-Covid-19. Car, si la notoriété du commerce électronique à travers le monde n’est plus à faire, surtout avec la crise sanitaire actuelle, le secteur, lui, commence à peine à se structurer au Togo.

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